25 novembre 2007
Avertissement concernant une faille spatio-temporelle sur ce blog
Chers lecteurs et -trices,
Ceux qui sont un poil attentifs auront sans doute remarqué qu'un dérèglement spatio-temporel, en fait surtout temporel et pas trop spatio quand on y pense, s'est emparé de ce blog. Etudiez-donc les évènements suivants:
Le 25 novembre 2007 à
7h57 Flèche pousse son premier cri à la face du monde et au bonheur de sa maman chronique et du Grizzly
12h53 Il prononce son premier "non" à la face du monde et au malheur de sa maman chronique et du Grizzly
16h24 Il est affublé d'un petit frère de 2 ans 1/2
18h59 Il entre à l'école (qui a toutes les chances d'être fermée à cette heure-là, d'autant plus que c'est un dimanche)
Alors soit cet enfant est incroyablement précoce, soit sa maman chronique a décidé de dater du 25 novembre (jour béni de l'ouverture de ce tissu de vérités virtuelles) tous les textes antérieurs. J'avais d'abord choisi de dater les messages d'après le moment où ils se sont produits dans la vraie vie, c'est à dire à partir du 24 octobre 2002, jour de la naissance de Flèche. Mais du coup on avait un peu l'impression 1) que j'étais une blogueuse super précoce 2) que j'écrivais 2 messages par année.
Nous pouvons à présent sortir de cette faille temporelle, qui était, je l'avoue, bien moins drôle que l'épisode de Stargate où Teel'c et O'Neill se retrouvent prisonniers du temps et jouent au golf à travers la porte des étoiles...
Trop c'est trop!
On vit à toute allure, on est bombardé d'information, tout est poussé à l'extrême, pas étonnant que le mot à la mode soit "trop". A tel point que la jeune génération (dont je ne fais plus partie, il faut me rendre à l'évidence) ne dit plus "je t'aime" mais "ch'te kiffe trop", et un simple mot comme "non" devient "trop pas".
La fièvre du "trop" a même atteint les plus jeunes qui communiquent leur enthousiasme avec des "trop yes!" dès l'école enfantine (ndlr maternelle en France). A tel point que même mon Titours de 3 ans 1/2 sort de table en lançant "j'ai trop pas faim" et devant une bêtise essaie de s'en sortir avec un "c'est trop pas moi".
Flèche aussi est atteint pas la frénésie ambiante, et depuis qu'il est entré à l'école, tout est devenu "hyper". Il est "hyper fatigué", il a "hyper faim", il s'est "hyper bien amusé". Il manquerait plus que les deux frères opèrent une fusion et là ça deviendrait hyper trop pour moi.
Nonpas
Il fallait qu'on passe par là, je le savais, mais ça ne rend pas les choses plus faciles pour autant. Petite piqure de rappel: quand Flèche avait 2 ans, et il était précipité sans ménagement dans l'âge du non à cause d'une histoire de Petit Ours Brun dans un magazine Popi offert par sa tante. Pour Titours, j'ai beau chercher, je n'ai personne à incriminer. Titours a dit son premier "non" plus tôt que Flèche, il faut dire qu'avec un grand frère, il a dû entendre ce mot bien souvent et il l'a donc répété tout naturellement, mais il en faisait un usage non-abusif qui n'était pas dérangeant. Mais là, depuis quelques mois, il est passé à la consommation systématique qui n'est pas loin de provoquer une overdose chez ses parents. Il use et abuse du non, du pas et même de l'ultime alliance de la mort qui tue la mort par derrière avec une faucille et un marteau: le nonpas.
Dans sa chevauchée sauvage de la négation, Titours se joue de la grammaire et la piétine allègrement. Il a fait de "nonpas" un préfixe qu'il accole à l'intégralité des substantifs de la langue française et d'une bonne partie de ses verbes. Je vous sens avides d'exemples alors voici:
Moi: A table !
Titours: Nonpasà table!
Moi: Si Titours viens manger maintenant.
Titours: Nonpasmanger.
Moi: Tu veux du pain?
Titours: Nonpaspain.
Moi: Titours viens mettre tes chaussures on va dehors.
Titours: Nonpaschaussures.
Il y en a pourtant que ça amuse. L'autre jour en voiture j'ai eu droit à la conversation suivante:
Flèche: Titours tu sais dire chien?
Titours: Nonpaschien.
Flèche: Tu sais dire maison?
Titours: Nonpasmaison.
Flèche: Tu sais dire voiture?
Titours: Nonpasvoiture.
... j'imagine que vous compatissez et je vous en remercie.
Sinon à part nonpas, Titours dit bien d'autres choses et sa prononciation s'améliore si vite qu'on est passé presque sans s'en rendre compte du todile au trotrodile et hier il m'a même servi du crocrodile, sans prévenir. D'ici à ce qu'il me balance un crocodile en pleine face...
Cause toujours!
Alors que Flèche surfe toujours sur la vague de l'expression orale avec une aisance insolente, Titours, lui, prend son temps pour acquérir la parole. Voici donc un bref aperçu des progrès linguistiques de notre cadet:
Il n'y a que quelques mois, une conversation avec Titours ressemblait à ça:
-Maman! Kièmtumnagachomchopoté!
-Euh, tu peux répéter?, je n'ai pas bien compris.
-Chemnemgannéma chemnamiéchemnabouyeti, maman.
-Ehem, hem, hem c'est bien ce que je n'avais pas compris la première fois. Euh, et bien qu'est-ce que tu as envie de faire? On va faire un jeu?
-DéDé
-Ah ça ça a le mérite d'être clair, oui on mettra un DVD plus tard.
Titours a attendu d'avoir 2 ans 1/2 pour devenir le petit perroquet que sont souvent les cadets. J'ai enfin le son en stéréo, quoiqu'une oreille reçoit des information un peu plus approximatives que l'autre. Titours me rappelle un peu le Numide dans les BDs d'Astérix. Ce n'est pas vraiment qu'il place sa paume au-dessus des yeux et hurle "Gaulois à t'ibo'd", mais lui aussi est fâché avec les "r". Pourtant on est assez loin de la numidité puisque je n'entends même pas le début d'un chuchotement d'apostrophe. Titours (Titouss comme il se nomme lui-même) aime donc mett les choses pa tè, il adore coui après Flèche. Il connaît beaucoup d'animaux dont le sèpent, l'ouss
,
la giaffe, le todile, le tig, le zèb, le cana, la totue, la guenouille, la souis, le kangouhou, le céosse (çui qui a les cornes sur le nez). Mais il y a aussi ceux qui n'ont pas de "r" à oublier comme un ion, un chinche, un choual, un maphin (comme dans Flipper le Maphin), un paillon, un néfant. Comme Flèche au même âge, il donne un accent particulier au mot pouaaaaaaaaasson. Je passe volontairement sous silence les chats, chiens, vaches, mouches, poules, cochons et loups et autres qui sont prononcés
juste, c'est pas drôle. Mon préféré est un animal aujourd'hui disparu, probablement parce que son cri était trop désagréable, le fameux dissonore.
J'ai une bonne nouvelle pour tous les fans de Michal (oui vous savez, Michal Delastaracademy, celui qu'on a longtemps soupçonné d'avoir volé l'orange, comme tous ses compatriotes de l'Est qui viennent voler les places de travail de nos plombiers). Et bien ce n'est pas lui qui a l'orange, c'est Titours! Depuis le mois de novembre la mode est à l'orange (parfois prononcé onrange). 3 mois plus tard, c'est toujours le mot favori de Titours. Parfois il l'utilise pour parler de la couleur orange, ou du fruit; parfois il veut dire "on range" (j'aurais préféré "je range", mais il semble que les garçons de cette famille aient absolument besoin de moi pour cette joyeuse activité qu'est le rangement). "Orange" est aussi utilisé par Titours comme mot universel, le mot qui veut tout et rien dire, celui qui est tellement passe-partout qu'on peut presque l'utiliser dans chaque phrase. Et comble de l'ironie, le "r" de orange est prononcé sans aucun problème, tout râpeux et guttural. C'est d'ailleurs en prononçant moi-même ce mot-mystère à plusieurs reprises avec l'accent particulier que lui donne Titours que j'ai découvert son utilité thérapeutique.
De l'utilité thérapeutique du mot "orange" prononcé à la mode de Titours:
Le "o" légèrement nasal fait vibrer la moque coincée entre le nez et la gorge, le "r" bien râpeux décolle cet amas glaireux qui tombe dans le receptacle que forme la bouche quand elle prononce le son "an", et il ne reste au son "je" qu'à pousser le glaviot jusqu'au bout de la langue ou il pourra soit être craché, soit ravalé pour poursuivre son voyage intérieur en direction de l'estomac. Comme le sol de la maison n'est pas couvert de petits amas verdâtres et glissants, je soupçonne Titours de choisir l'option "voyage intérieur". Vous n'êtes pas sans ignorer qu'une telle découverte peut me valoir un prix Nobel de médecine, j'attends d'ailleurs un coup de fil de Suède tout prochainement. Les retombées financières de cette trouvaille de génie ainsi que la gloire qui en découle iront tout droit à Titours, et peut-être aussi un peu à Michal qui a certainement un peu de mal à boucler ses fins de mois avec son salaire de plombier de la chanson française.
Je n'interviens pas (mais ça me démange grave!)
Ceux qui me connaissent savent que je suis un peu du genre à vouloir tout contrôler. En moi sommeille un petit despote qui aime bien organiser sa vie à sa manière et mener son petit monde à la baguette pour qu'il suive le chemin que j'ai tracé. Je mets tout ça sur le dos de mon signe astrologique (lion), ça m'arrange bien. Vous imaginez bien qu'avec des enfants (surtout mes enfants j'ai l'impression) les choses ne se passent pas toujours comme je l'aimerais, ou comme je pense que ça devrait être. Et là ça m'énerve intérieurement et je dois me faire violence pour ne pas devenir ce tyran qui ne demande qu'à faire surface. C'est alors que je pratique la technique du lâââââcher priiiiiiiiiiiiiiise qui se ressemble à s'y méprendre à celle du laiiiiiiiiiiissssser faaaaaaaaaiiiiiiiiiiiire (respirer profondément ici) afin que mes enfants aillent à leur rythme et fassent leurs propres découvertes sans mon intervention (ou presque).
Je me rends bien compte que vous avez besoin d'un exemple concret, donc le voici:
Flèche entre dans sa période de coloriage frénétique, c'est à dire qu'il peut vous décimer un livre de coloriage en un après-midi sans sourciller. Ce coloriage en chaine, qui ressemble fort à du gaspillage, provoque déjà en moi les balbutiements d'un embryon de désapprobation que je muselle pourtant aisément. Mais là où le bât blesse (en tout cas où il me blesse), c'est que cette débauche de coloriage est MONOCHROME!!! Flèche a l'air de tomber sous le charme d'une couleur, mettons le violet, et du coup tout le livre devient violet. Et là c'en est trop, colorier tout un livre d'une seule couleur ça ne se fait pas (me dis-je en moi-même). Je sais bien que les enfants développent leurs facultés pas à pas, que "faire comme le modèle" est certainement l'étape suivant celle du coloriage frénétique monochrome, qu'il faut laisser l'enfant évoluer à son rythme afin qu'il fasse ses découvertes lui-même, bla bla bla... alors je n'interviens pas, mais ça me démange grave!
Non, c'est trop dûûûûûûûûr... je craque, je lui glisse un léger "regarde le modèle, c'est quelle couleur ici? rouge? et toi tu as fait quelle couleur? violet? c'est très joli mais je trouve qu'en rouge ce serait très bien aussi" (tout au fond de moi-même, j'entends le despote qui hurle à plein poumon: lâche-moi ce violet et change de couleur nom d'un chien!). Dur dur le lâââââcher priiiiiiiiiiiiiiise (je respire profondément ici).
Je vous rassure, je ne suis pas toujours aussi névrosée, et dans d'autres circonstances qui feraient enrager d'autres mamans, moi je reste zen. Et voici un exemple pour preuve: Tout le monde sait qu'il faut encourager nos enfants à devenir autonomes, par exemple en les encourageant à s'habiller seuls. Quand Flèche a très envie d'aller jouer dehors, il est tout disposé à s'habiller seul... et à sa façon. L'autre jour il arrive vers moi tout fier avec une basquette à un pied et une botte à l'autre et il me demande avec un immense sourire: "c'est juste?". Il l'a bien fait exprès le miston, je le sais, il sait que je le sais et je sais qu'il sait que je le sais. Bien que personne ne soit dupe du manège de l'autre je lui dit quand même "Tu ne veux pas plutôt mettre deux mêmes chaussures?, les basquettes par exemple, c'est très bien". Mais Flèche insiste pour aller dehors comme ça, c'est lui qui a choisi ses affaires et il les a mises tout seul. Et là croyez-le ou non, même sans avoir besoin de respirer profondément, je laisse faire.
Combien d'entre vous auraient contemplé le coloriage frénétique sans broncher? Et combien auraient laissé leur enfant sortir avec des chaussures dépareillées? Il existe parmi nous des rois et des reines du lâââââcher priiiiiiiiiiiiiiise, peut-être utilisent-ils la technique de détachement des moines Shaolin pour ne pas intervenir, peut-être leur attitude flirte-t-elle parfois avec un je-m'en-foutisme paresseux et démissionnaire? Personnellement, j'ai mis une muselière à mon despote intérieur, mais je l'ai relâchée juste assez pour qu'il puisse articuler quelques mots afin de ne pas sombrer dans la folie et la perte totale de sa personnalité.
T'as dit quoi?
Étrange comme fonctionnent les oreilles d'un enfant de 3 ans 1/2, c'est un peu comme si on disait quelque chose et que son cerveau le traduisait instantanément dans une autre langue. Et même avec 3 licences de lettres, j'ai bien du mal à déchiffrer cette langue qui n'est apparemment entendue que des enfants de cet âge. Après des semaines de recherches intensives, voilà une ébauche d'outil de traduction qui vous donne d'abord ce que je dit, et en italique ce que Flèche entend:
Je n'ai pas besoin d'aide pour la vaisselle, merci. Vas plutôt jouer avec ton frère pendant que je finis.
Ma cuisine a bien besoin d'être inondée, si tu demandais à ton frère te t'aider dans cette entreprise afin qu'elle soit plus rapide et plus efficace?
Flèche, viens te brosser les dents!
Flèche, viens jouer à "on s'remplit les joues d'eau et on s'crache dessus"!
Je vais donner à manger aux poissons, je reviens dans 2 minutes.
J'ai besoin de votre aide à tous les deux pour tremper dans les aquariums tout ce qui est à portée de main.
On ne remplit pas la piscine aujourd'hui, il fait trop froid.
Je t'encourage à gonfler toi-même la piscine avant d'ouvrir le jet et de la remplir.
Contente-toi d'aspirer le sable que tu as lancé à l'intérieur de la maison, pas besoin d'aspirer dehors.
Et si tu essayais de vider le bac à sable et la piscine avec cet aspirateur?
Mets tes chaussures, on y va.
Fais tout ce qui te passe par la tête, sauf mettre tes chaussures, maman finira bien par le faire elle-même puisqu'elle a l'air pressée.
Viens on range ta chambre.
Si ça ne te déranges pas, je rangerai ta chambre pendant que tu feras autre chose qui t'amuse plus.
Maintenant que c'est rangé je peux passer l'aspi.
Maintenant qu'il y a de la place, tu peux jouer avec l'aspirateur.
Non!
Débrouilles-toi tout seul pour faire cette chose que je t'interdis.
J'ai dit non!
Chiard qu't'oses pas l'faire!
Cette fois c'en est trop, tu es puni!
Non!
Laisse-moi regarder Top Models (ndlr. Amour Gloire et Beauté) tranquillement, c'est l'épisode ou Ridge découvre que Taylor est toujours en vie!
Vas chercher le plus bruyant de tous tes jouets et viens jouer juste devant l'écran.
C'est l'heure des 4 heures, il y a des fraises à la crème.
C'est l'heure des 4 heures, il y a des fraises à la crème.
Viens, on va remplir la piscine.
Viens, on va remplir la piscine.
Tiens, parfois la traduction automatique n'a pas lieu, il faut que je continue d'étudier cette langue...
Quelle tache!
Je n'avais jusqu'ici pas forcé sur le développement artistique de mes bambins, disons surtout que j'avais sciemment évité tout ce qui est susceptible de transformer toute une pièce de la maison en œuvre d'art contemporaine. Cette fois je me suis lancée, j'ai acheté de la peinture à doigts et hop, Flèche et moi on a sauté dedans à pieds joints (au sens figuré bien sûr) (d'ailleurs je ne vois pas vraiment de sens propre à l'expression "sauter dans la peinture à doigts à pieds joints") (sans vouloir faire de jeu de mot non plus, vous me connaissez).
Flèche, emmitouflé dans un vieux pull à moi qu'il appelle "le tableau" en voulant dire "le tablier", entouré de papier journal protecteur et salvateur de ma cuisine hors de prix, peut-être un peu influencé par la peur de la tache encrée au plus profond du sub-conscient de sa maman, ne veut pas mettre ses doigts dans la peinture du même nom et exige un pinceau. J'exauce d'abord son voeu, mais ensuite je me fais violence et la pédagogue moderne qui est en moi parvient à terrasser la maniaque-de-la-tache-de-peinture-sur-sa-cuisine-hors-de-prix et je prends sur moi de montrer à Flèche comment peindre avec ses doigts.
Il en résulte quelques
oeuvres baptisées par l'artiste lui même: "un dinosaure", "un autre dinosaure",
"un aigle" (ci-dessous),
(qui sera ensuite aussi appelé "un hippocampe"), et
enfin "les mains", oeuvre résumant à elle seule la bataille sans merci entre le
"surmoi" et le "ça" et la victoire sans appel de ce dernier. Pour tous ceux à
qui l'idée d'une tache sur une cuisine neuve et hors de prix est insupportable,
mon surmoi tient à vous faire savoir que la cuisine s'en est sortie indemne.
Pour tous ceux à qui ce dernier paragraphe a donné envie de lire Freud, je vous
cède volontiers quelques ouvrages à bas prix.
Dur dur le français
Le français n'est pas simple quand on a 2 ans 1/2, même avec un kilo de logique et une louche de bonne volonté on ne s'en tire pas à chaque fois. Flèche s'essaie à la conjugaison et ça donne des choses comme: il a veni, il faut s'assière. Pour les pronoms personnels, c'est pas 100% non plus. Il maitrise bien le je et le tu, mais il se bat encore un peu avec "moi, mon, le mien". Et là quand on essaie de l'aider, on se lance dans des conversations un peu surréalistes:
Flèche : "Maman c'est qui qui a fait ça?", moi: "c'est moi", Flèche : "c'est moi?", moi: "non c'est pas toi, c'est moi"
Flèche a toujours été fortiche pour imiter des sons. Il savait
tout juste parler qu'il disait "chlop" en imitant le bruit que son
biberon
fait quand il le sort d'un coup de la bouche. Maintenant quand il raconte
quelque chose il utilise fréquemment un bruitage ou l'autre pour rendre ses
récits plus parlants, du genre: "Et pis le gros trax il a pris la voiture comme
ça et pis il l'a mis dans la remorque ffffffffffuuuuuuit et pis la voiture elle
est tombée pis boum badaboum baboum". Depuis quelques jours, chaque fois qu'il
trouve un téléphone à sa portée, il le met à l'oreille, penche la tête, fait un
petit rire idiot et enchaîne avec un "nooooooooooooooonnnnnnnnnnnn" étonné et
chantonnant. Comme ça ne ressemble pas tellement aux manières de son papa, j'ai
bien dû en déduire que c'est moi l'objet de cette caricature.
En plein âge du "NON", du "PAS" et de leur rejeton légitime
le "NON je veux PAAAAAAAAAAAAAS", Flèche a dû être capturé une nuit par des
extra-terrestres qui ont fait sur lui des expériences secrètes qui n'auraient
normalement dû laisser aucune séquelle. Eh bien c'est raté les p'tits hommes
verts! Moi j'ai bien vu qu'on me l'a changé mon Flèche !
On ne peut pas berner une mère, on a un instinct nous! Un beau matin d'avril, Flèche s'est réveillé avec un
nouveau mot à la bouche: le "ui" secondé parfois par son cousin germain le "vui".
Depuis ce jour, quand Flèche est d'accord, il le fait savoir. Le "ui" n'a pas
occulté le "non", il vit plutôt une tranquille petite existence parallèle.
Petits hommes verts venus d'un galaxie très très lointaine, ne vous gênez pas de
réitérer votre expérience, et la prochaine fois si vous pouviez emporter avec
vous un petit bout du gène de la contestation systématique, merci d'avance!
Petit Ours Brun dit non... et tout bascule
Flèche est rentré dans l'âge du non, un peu à cause de sa tante et de Petit Ours Brun. Je m'explique: sa tante a eu la gentillesse d'offrir à
Flèche le magazine Popi du mois d'octobre. Le thème de ce mois dans Popi c'est
l'opposition, la chamaillerie, la bagarre et même Petit Ours Brun, qui dans mes propres souvenirs de gosse était gentil et obéissant, est en pleine crise de résistance face à
l'autorité.
L'histoire s'appelle "Petit Ours Brun dit non" et croyez-moi, on
n'est pas déçu. Quand sa maman lui dit de prendre son bain, il veut manger,
quand c'est l'heure de manger il veut se coucher, et au moment de se coucher il
dit "non, je ne veux pas", et là, comble du sommet de la négation poussée à des
extrêmes à peine tolérables, quand son papa lui dit "Maintenant ça suffit!", il
répond "Non, non et non!", ET C'EST TOUT!!!! J'ai cherché en vain les deux pages
suivantes où Petit Ours Brun est censé revenir à la raison, dire enfin oui à ses
parents, faire le bisou du soir et s'endormir heureux, mais RIEN, QUE DALLE, QUE
POUIC! On vous balance une bombe de ce genre et après à vous de vous débrouiller
avec les conséquences désastreuses et les marques indélébiles laissées dans le
cerveau de votre enfant.
Flèche n'a pas échappé à l'emprise maléfique de cette
histoire, il a éclaté de rire et il a répété plusieurs fois "Non, non et non!".
Depuis, mon fils est possédé par l'esprit malin du "non", il a basculé dans cet
univers de négation systématique que doivent traverser tous les enfants pour
s'affirmer. Je sais qu'on devait passer par là de toute façon, mais je ne peux
pas m'empêcher de penser que sans "Petit Ours Brun", on aurait peut-être eu
encore quelques semaines de répit... Il manquerait plus que la prochaine
histoire s'intitule "Petit Ours Brun sort de son lit tout seul" et là je fais un
procès au magazine Popi :-)
Il était une fois un tracteur à gazon...
Flèche a beau être une véritable tornade quelques fois, il apprécie toujours les moments de calme passés à raconter des histoires. Ces temps, les livres qu'il demande le plus sont ceux du genre imagier où il faut nommer les choses. Comme il est en pleine phase d'acquisition de vocabulaire, ses préférences sont en plein accord avec son développement linguistique.
Un autre grand hit du moment, en tête du classement des favoris depuis plusieurs semaines, c'est le catalogue des tracteurs à gazon John Deere. Il ne se lasse pas de regarder les photos de ces magnifiques tracteurs verts et jaunes et d'entendre qu'on peut régler facilement la hauteur de coupe grâce au sélecteur à 7 positions ou que les toutes nouvelles tondeuses frontales procurent une visibilité exceptionnelle, outre leur maniabilité optimale conférée par leur rayon de braquage extrêmement réduit...



Flèche choisit toujours un auditoire pour écouter les histoires avec lui. La vache est un auditeur incontournable, mais elle est souvent accompagnée d'une ou plusieurs autres peluches... ou même un trax en plastique. Je me retrouve donc souvent en train de raconter un prospectus de tracteurs à gazon à un trax; ça me paraissait un peu incongru jusqu'à ce que ma soeur m'avoue qu'elle a parfois dû laver les dents à des autocollants !!!




